Le site institutionnel de la Fédération Nationale de la Pêche en France
Accéder au site
Le site institutionnel de la Fédération Nationale de la Pêche en France
Accéder au site
generationpeche.fr – Toute l’actu de la pêche en France
Accéder au site
Trouvez les informations pêche de votre département
Accéder au site
cartedepeche.fr - Le site officiel pour obtenir la carte de pêche de votre association agréée
Accéder au site
Publié le 27/02/2026
Silure : comprendre le projet de classement et ses enjeux
Depuis plusieurs semaines, le ministère envisage d’inscrire le silure glane (Silurus glanis) sur la liste des espèces susceptibles de provoquer des déséquilibres biologiques (ESOD) dans les bassins Adour-Garonne et Loire-Bretagne. Cette évolution réglementaire viserait à interdire les introductions volontaires de l’espèce sur ces deux bassins, dans un contexte de fortes préoccupations autour de la protection des poissons migrateurs.
Le sujet est sensible, et il mérite d’être traité avec rigueur. Les travaux scientifiques récents, notamment le rapport d’expertise de l’Office Français de la Biodiversité publié en janvier 2026, confirment que le silure exerce une prédation sur certaines espèces amphihalines comme la lamproie marine ou les aloses. Des situations localement problématiques ont été observées, en particulier à proximité d’ouvrages hydrauliques où les migrateurs se concentrent artificiellement.
Pour autant, ces mêmes travaux insistent sur plusieurs éléments essentiels. D’abord, les situations sont très variables selon les bassins, les secteurs et les conditions hydrologiques. Ensuite, les populations de migrateurs subissent depuis des décennies des pressions bien identifiées : fragmentation des cours d’eau, altération des habitats, obstacles à la continuité écologique, pollutions, évolution des débits et des températures liées au changement climatique. La prédation du silure peut constituer un facteur aggravant dans certains contextes, mais elle ne peut être isolée du reste des pressions structurelles.
Le classement en ESOD pose donc une question de proportionnalité. Interdire les introductions volontaires ne modifiera pas la présence actuelle de l’espèce dans les bassins concernés. En revanche, une telle mesure peut entretenir l’idée qu’un déséquilibre écologique complexe trouverait sa cause principale dans un seul prédateur. Or les écosystèmes fonctionnent selon des équilibres dynamiques où les interactions sont multiples. Les données scientifiques disponibles ne permettent pas d’affirmer qu’une mesure réglementaire large et uniforme produirait, à elle seule, un effet significatif sur la restauration des populations migratrices.
Par ailleurs, le cadre juridique actuel offre déjà des outils de gestion adaptés : arrêtés préfectoraux spécifiques, opérations de régulation ciblées, interventions localisées à proximité d’ouvrages sensibles. Une approche territorialisée, proportionnée et fondée sur des diagnostics précis paraît plus cohérente qu’un classement réglementaire à forte portée symbolique.
Il convient également de rappeler que le silure ne peut être considéré de manière uniforme comme une espèce exotique invasive. Les travaux biogéographiques et archéologiques montrent qu’il est historiquement natif dans certains bassins français, notamment ceux du Rhin, de la Meuse et de l’Escaut. Cette dimension est souvent méconnue.
À ce titre, et pour en revenir à notre territoire, le bassin de la Meuse fait partie des secteurs où le silure est considéré comme natif. Des recherches archéologiques en Alsace et en Belgique ont mis en évidence sa présence naturelle dès l’âge du Bronze et durant l’Antiquité. Les connexions hydrographiques anciennes entre les grands bassins européens, notamment via le vaste système fluvial lié au delta du Danube à l’échelle géologique, expliquent cette répartition historique. Autrement dit, dans notre bassin, le silure n’est pas une arrivée récente mais une espèce inscrite dans l’histoire naturelle du système Meuse-Rhin.
Cela ne signifie pas qu’aucune gestion ne soit nécessaire. Cela signifie simplement que les décisions réglementaires doivent tenir compte de la réalité scientifique, de l’histoire biogéographique et des spécificités locales. La protection des migrateurs est un enjeu majeur que nous partageons pleinement. Elle appelle cependant des réponses globales, proportionnées et cohérentes avec l’ensemble des pressions identifiées, plutôt qu’une désignation simplifiée d’un responsable unique.